
En 1984, dix généralistes se réunissent au domicile de l'une d'entre eux en Aveyron : la visite du généraliste n'a pas été revalorisée depuis quatre ans, les femmes médecins n'ont aucun congé maternité, et la médecine générale est une discipline qui se définit en creux des spécialistes d'organe. De ce week-end sort l'Appel des 10, puis le MAG, puis MG France. Ce que nous voulions : ne plus laisser personne décider à notre place.
Quatre décennies plus tard, la médecine générale est reconnue comme une spécialité, elle occupe une part croissante de la convention, elle a ses enseignants et ses maîtres de stage, et les femmes médecins ont un congé maternité, arraché de haute lutte (sans que tout soit réglé pour autant). Le dispositif du médecin traitant, lui, deviendra au fil des années une évidence dès lors que l'on souhaite un système efficient et accessible aux patients.
Dès décembre 1984, nous demandions que le travail de prévention, d'éducation, de suivi du médecin généraliste soit rémunéré. Le débat entre l'acte et le forfait est né là, chez nous. Ces demandes sont issues du terrain, de l'Aveyron rural comme des quartiers populaires, de la montagne, des îles, des DROM, des cabinets dont la patientèle double l'été.
Mais le chemin parcouru ne doit pas nous faire occulter ce qu'il y a devant nous : la loi qui a créé le médecin traitant ne lui a pas donné les moyens de ses responsabilités. C'est pourquoi nous devons poursuivre le combat. Notre prévoyance et nos retraites restent à consolider, nos relations avec l'Assurance maladie doivent devenir équilibrées et réellement paritaires. L'équipe du médecin traitant s'étoffe (IDE Asalée, IPA, assistant médical) pendant que les MSP, les CPTS et les ESP cherchent encore leur équilibre. Quant aux soins non programmés (SAS, PDSA, MMG) , à l'EHPAD, à l'exercice mixte, à la diversification de nos activités, nous les assurons en dépit de la cacophonie qui règne dans nos politiques de santé.
Nous sommes en 2026, et de nouveaux fronts se sont ouverts. L'intelligence artificielle va bouleverser nos exercices, la télémédecine peut quant à elle nous rendre plus utiles ou nous déposséder de notre outil de travail. La santé environnementale entre au cabinet, la certification périodique s'impose à notre formation, et nous sommes devenus employeurs sans y avoir été préparés, dans des cabinets où l'insécurité, physique comme juridique, n'est plus l'exception. Nous sortons de la période noire du creux démographique et les jeunes médecins ont besoin d’être accompagnés et entendus pour favoriser leur installation.
La mutation de la médecine générale traitante est en cours. MG France ouvre 24 chantiers pour en débattre entre généralistes. Alors, aujourd'hui comme il y a quatre décennies : ne laissez personne décider à votre place. Contribuez !